29/11/2006

L'Indien

Il est la.

Il y a longtemps qu'il est venu.

Certains disent qu'il est deja parti, d'autres qu'il est en retard.

Il fuit ceux qui le cherchent - c'est ainsi qu'on s'est rencontres.

 

Il me laisse vivre ma vie, meme si je vois bien que parfois mes habitudes le questionnent. Ou le derangent, meme, parfois. Alors il pose des questions, et l'on apprend a se connaitre.

 

Une fois, ca s'est moins bien passe. C'est a cause du Blanc. Normalement, le Blanc donne des sous a l'Indien. Le Blanc cherche l'Indien, et l'Indien cherche des sous.

Je suis blanc, pas de doute. Je donne de mon temps, des jours, des bouts de nuit parfois. De ma seve, et mon sang aux moustiques. De l'argent j'en donne aussi, mais c'est pas le mien. C'est les impots du Blanc, notamment. Moi j'en paie pas. On m'en donne, meme.

Par ailleurs, je ne cherche personne. Ni le Blanc, ni l'Indien.

 

L'Indien est blanc, noir, brun,

avec ou sans taches sur le front

blanches, rouges, or,

avec ou sans moustaches,

avec cent dieux, un Dieu, sans dieu,

en pagne ou pantalon,

riche dalit* ou pauvre brahmane.

 

Certes, l'Indien se laisse facilement prendre en photo.

Mais personne n'a jamais pu le figer. Ses richesses fuient nos categories.

 

Ce soir les doigts de l'eboueur

tendront la piece a quelque vieille

pour qu'une coudee de ses fleurs

embaument les traits de la belle.

 

Si j'en crois mes yeux, l'Indien n'existe pas.

Tu ne me crois pas? Demande a Christophe.

Moi je l'ai rencontre. Pas Christophe, l'Indien. Il n'a jamais existe, et le sait mieux que personne.

Il fuit ceux qui le cherchent - c'est ainsi qu'on s'accueille.

 

(* Dalit: litteralement "opprime", c'est le mot qu'utilisent aujourd'hui les hors-castes, dits "intouchables", pour se designer)

28/11/2006

Sexe, balbutiements et relativite

Non, cette note n'est pas pour vous annoncer une (nouvelle) rencontre amoureuse.

Oui, je reste fidele, affilie a la M.S.A. (Mutualite Sociale Agricole, pour ceux qui n'eussent point compris ).

 

Cette note pour vous parler d'une autre rencontre, hier ou avant-hier, qu'importe.

C'est le soir. Je rentre sur mon velo, tranquillement. Un jeune rickshawpuller m'interpelle. Je pose le pied a terre, on discute. Il s'appelle Silven. Comme beaucoup de rickshawpullers, c'est un self made man, qui s'est self made un peu d'English, et un brin de francais, ce qui est tres pondicherrien. Il a appris avec l'aide des touristes qu'il a pu ballader.

Parfois, pour Rs 150 ou 200, soit 3 ou 4 euros, un touriste loue le rickshaw et son puller pour la journee (Rs 56 = 1 euro; Rs 60 le litre de petrole, je vous laisse faire les calculs...). Avec des rudiments d'anglais ou de francais, on peut faire un peu office de guide touristique. Et donc ameliorer ses rudiments. Avoir plus de chances la fois d'apres. Plus de chance d'avoir quelque tip (pourboire), aussi.

Jusqu'a parler couramment. Jonny-le-richshawpuller, celui de la photo souvenir, lui avait appris un guide de Madras par coeur. C'est pas pour autant qu'il avait la vie rose. Un jour, quand il aura des sous, il a dans l'idee de monter un bizness. Quel genre de bizness? Un jour, quand il aura des sous, a ce moment il trouvera bien une idee.

Silven ne parle pas encore de son futur business: il a seulement 23 ans, et cela fait seulement un an qu'il loue ce rickshaw. Autorickshaw, je precise, excusez-moi. Avant il en avait un, mais sans moteur, a pedales. On en voit encore tout plein, de ces rickshaws a pedales, conduits par des vieux en danseuse, qui pedalent debout avec leurs dernieres forces, avec le peu de riz qu'ils ont mange, avec des jambes plus fines que mes petits avant-bras.  Les vieux misereux debouts sur les pedales des velo-rickshaws, les jeunes pauvres aux guidons des autorickshaws.

Silven ne parle pas encore couramment anglais ni francais: il a seulement 23 ans, et il a appris tout son anglais et son francais aupres des touristes. La touriste lui a aussi appris a faire l'amour. Enfin, "fucking" pour retranscrire au mieux. Elle etait Italienne, il lui avait trouve de l'herbe - un autre moyen de gagner quelques sous - ils avaient ensuite bu ensemble - de l'alcool detaxe, une specialite de Pondicherry. Il lui a propose, elle voulait bien. C'etait bien. C'etait sa premiere et seule fois.

Beaucoup de touristes et de cooperantes femelles ont des relations sexuelles avec des indiens. Voire un different chaque jour. Mais c'est des filles, et comme au Senegal, elles leur paient juste des coups a boire, ou des vetements.  Si elles en ont envie. Elles leur offrent juste des reves d'exil. Donc c'est pas du tourisme sexuel. Il parait.

En revanche, j'avais entendu dire que pour les touristes et cooperants males, c'etait plus difficile.

Silven m'a propose de l'herbe et de l'alcool, je n'ai pas ete etonne. J'ai compris que tres souvent, du moins au premier abord, j'etais "le Blanc". Je represente le groupe des Blancs. Les representations sont souvent tres collectives, ici. Si je donnais aux mendiants, le mendiant ne reconnaitrait que peu le geste de Jeremie-Mercoiret-l'individu: il verrait surtout le geste du Blanc qui fait partie du groupe des Blancs, et un Blanc, donc, ca donne des sous. Vous me suivez?

Bref, quand Silven m'a propose des "indian girls", la aussi j'ai refuse, mais ca m'a plus etonne. Lui aussi, ca l'a etonne que j'aie juste une seule girlfriend, qu'elle soit en France, et que je ne cherche pas a "fucking". La encore, le Blanc, normalement... Tout de meme, je lui pose la question: C'est bizarre, normalement il parait que c'est super difficile dans ce sens-la, un western boy avec une indian girl, non? Ah, si! Bien sur! mais avec "money"...

Oui, bien sur, c'est vrai, forcement, avec "money"... J'etais plus blaze que choque.

Mais quand il m'a demande "and boys? you like boys? you want boys?"... La je me suis pas ennerve contre lui, mais j'etais plutot en colere contre le Blanc! Un peu comme Celina, qui vit avec un indien depuis cinq ans, qui s'est mariee avec lui, et qui est en colere contre la Blanche. Parce qu'a cause de la Blanche, elle se fait souvent mal voir, mal parler, insulter. Malheureusement pour eux, elle parle tamoul et n'a pas la langue dans sa poche. Elle se fait mettre des mains aux fesses, et elle a mit longtemps a se faire accepter par sa belle-famille.

Silven a tente de m'expliquer que c'etait une question de gout: que moi, ca me revoltait peut-etre, mais qu'un autre blanc... Ah. La on fait du relativisme au sein des blancs. On differencie. Par contre, j'aurais beaucoup aime parle tamoul pour lui expliquer qu'avec le cul des enfants, la relativite des gouts trouve ses limites dans la portee des valeurs.

Demain je commence mes cours de tamoul...

27/11/2006

Dimanche, jour du seigneur.

Dimanche, journee entierement repos. Si si. C'est vrai.

Bon, d'accord, ca m'a un peu angoisse au debut. J'ai essaye de me faire un brouillon d'esquisse de programme, mais j'y arrivais pas.

Alors j'ai pris mon velo. 10 metres et c'etait le marche, j'avais oublie. J'ai donc laisse mon velo, balade le marche, les rues de traverse, tomber sur une ceremonie hindoue de Pooja, d'offrandes. Par le truchement d'un micro et de haut-parleurs , on entendait la bombarde et la percu a 3 rues de distance. Les brahmanes, qui accomplissent les rituels, sont toujours jeunes. Le torse nu les montre bien-portants, souvent bedonnants. Leur cheveux attaches en chignons sont noirs luisants. Ils semblent mener les ceremonies avec un certain detachement, parlent entre eux, rigolent. Ils semblent aussi tres assures de leur superiorite.

Continuer ma ballade et trouver un cyber sympa. Recevoir quelques nouvelles des amis, de ma cousine Sarah. En ecrire. Manger dans le meilleur des restos vegetariens de Pondi, ou se presse tout bon brahmane. Balader a velo. Boire un jus de canne a sucre, avec un zeste de citron et une pointe de gingembre.

Atterir dans les villages juste au Nord. Contempler la mer. Ne plus rien attendre. Et c'est forcement la que des gamins m'abordent, avec leurs cerf-volants. On discute. Un blanc dans le quartier: la nouvelle gagne d'autres enfants curieux. Deux gamins de 13 ans m'offrent des bonbons. Dans des petits sachets kitsch flash, c'est un assortiments de cristaux de sucre candi, et "granules homeopathiques". Pas mauvais.Je leur offre des autocollants trouves le matin meme au marche: de magnifiques triptyques au kitsch indeniable, kitsch religieux, mon prefere, et qui representent la Mecque, Jesus Christ et Ganesh.

Ils reviennent quelques minutes plus tard, et veulent me faire jouer a un jeu un peu speedou. Je leur en apprend un plus tranquille avec des caillous. Puis c'est eux qui m'ont initie a une sorte de mini-jeu de strategie. J'en ai battu un avant de me faire retamer par un autre. On a rigole, papote un long moment. Leur bande, c'est les "danger boys". La blague! Rien que des gamins tout pleins d'amour..

Plus tard l'un d'entre eux, Surya, deja la marque de son hindouisme au front, me demandera quel dieu je prie (surement a cause des autocollants)... le tien, le mien, mon jeune ami! Le meme, l'unique!

Ici, surtout dans le Sud de l'Inde, c'est une idee largement partagee, ou du moins tres facilement comprehensible. Les religions y sont tres tolerantes, et les gens sont tres comprehensifs au fait que je n'en aie pas. Pour ce qui est des hindous, il faut se mefier du prejuge polytheiste: pour schematiser, la trinite Vishnu, Krishna, Ganesh (et tous les autres) sont des formes de Brahma, un dieu unique, l'essence de l'univers, celui duquel l'univers est ne et dans lequel il se fondra, avant de renaitre encore, etc. Pour schematiser encore, on va dire que de la meme facon, Jesus, Marie et le St Esprit forment une trinite d'apparences du Dieu chretien.

Plus tard dans l'apres midi, un brahmane (ingenieur celui-ci) me parlera de sa propre spiritualite. Pas besoin de yoga ni de meditation: sa priere est equivalente. Pas besoin de gourou, pas besoin d'un medecin pour soigner des etats psy: il suffit de se poser, de faire le trackback de sa souffrance, et on remonte forcement, etape apres etape, a la cause de sa souffrance. On se rend compte qu'on en est le seul responsable: les causes de nos souffrances actuelles sont inscrites dans notre histoire personnelle, quelque mauvaise pensee, mauvais acte, mauvaise parole. L'idee que l'on paie un jour ou l'autre est tres presente. Dans leur mythologie (je lis en ce moment le Ramayana, une des deux grandes epopees), les heros comme les demons et les dieux vivent des histoires et des relations tres complexes (pour moi): pour expliquer un evenement, il faudrait presque refaire chaque fois l'histoire de chaque personnage.

Avec l'ingenieur brahmane, on tombe ensuite d'accord sur l'existence d'un seul dieu, avec des approches differentes selon les religions. Et il me quitte en me rappelant que je me suffis a moi meme, qu'il faut que j'utilise mon pouvoir pour ma propre paix et mon propre bonheur... Un etonnant melange de tradition, de religion, de spiritualite et de modernite individualiste...

Et la journee a continue de me balader comme ca: des bons moments aux bons moments.

26/11/2006

Fruits du silence

Sous toutes broderies verbeuses,
la tranquille melodie.
Dans les sourires, aux heures creuses,
le velours des non-dits.

Sur ces nappes
des fruits
que j'attrape
la nuit.

Fruits caches sous les feuillages,
les plus doux:
jeunes, frais, murs et sans age,
saillants de gout.

L'ombre les gorge de lumiere;
peu leur importe le nuage.

Grelons frelons averses orages
machines ou monstres de grand'meres:
rien n'atteind
leurs joues rouges
matin.

Quand on ne cherche pas

Il y a tellement a recevoir quand on ne demande rien, quand on ne cherche pas. Quand on a les yeux pour voir, le coeur pour entendre, et le temps pour le prendre...

25/11/2006

Une journee "type", les mots, les mails perso

D'aucuns me demandent: mais dis-moi Jeremie, que fais-tu donc de tes journees la dis donc?

Dur de repondre, tant elles ne se ressemblent pas. Dur aussi d'en a voir une vision globale: je me rend compte que ca fait a peine plus 3 semaines que j'ai atterri a Chennai, et deja (ou seulement) 2 semaines que je suis a Pondicherry (au passage, comme ils ont pas trop de problemes auxquels faire face, les bureaucrates indiens sembler se plaire a changer le nom des villes, des rues: donc maintenant il faudrait dire Puducherry, et Chennai veut dire Madras). Et encore une fois, un jazz trotter disait avec justesse qu'il faudrait presque une journee pour raconter la precedente.

J'essaie. Quand j'ai envie ou besoin d'etre au taquet, je le suis. Quand j'ai envie ou besoin de me poser, de passer une apres midi a papoter, je le fais aussi.

Genre un resume d'aujourd'hui: matinee a mettre des choses au point avec le partenaire, puis traverser la ville en scooter pour choisir le papier de mes cartes de visite, la retraverser pour recuperer mon velo, stop: une pause pour bouffer tranquilou avec vue sur le Golfe, puis 4 heures d'ordi pour finir un rapport, et stop: bord de mer, prendre les embruns, s'arreter devant une troupe de theatre de rue, prendre un bon repas...

Ca vous en dit pas beaucoup plus?

Peut-etre, dans les jours, les semaines, les mois a venir -peut-etre- aurais-je plus de mots pour dire ce que je vis. Surement trouverais-je des mots plus justes, meme si, par definition, ils ne le seront jamais tout a fait...

... Vanakam! (C'est le bonjour tamoul, mais on peut y mettre du bienvenue dedans).

Et a default de pouvoir ou de vouloir venir, si vous voulez en savoir plus, ecrivez moi un mail: non seulement je repond toujours, au moins par politesse, mais je suis aussi parfois plus prolixe: c'est plus facile d'ecrire a quelqu'un en particulier que d'ecrire a un blog en general.

Donc la remarque vaut aussi pour ceux qui se plaindraient de ne pas recevoir de mails personnels: par politesse, je fais ce blog pour ne pas encombrer vos boites mails, et au moins par politesse, je repond toujours ;o)

Enfin vous pouvez m'ecrire par courrier a l'adresse en bas a gauche du blog, en attendant que je trouve mon appart.

Quand le temps vous prend

Quand on prend le temps, il vous le rend bien.

20/11/2006

A fleur de pied

Loin de moi l'idee de connaitre l'Inde par coeur; je la decouvre a fleur de pieds.

18/11/2006

Ce que je fais de mes journees de boulot

Je suis tres bien, tres calme, tres serein. Et pourtant ca remue a fond les ballons. Meme pas une semaine que j'ai commence mon stage, et tout s'enchaine (bon, d'accord, j'y ai mis du mien, mais y'a enormement de bonnes coincidences aussi).

Bon, en gros je suis stagiaire-charge-d'enquetes-de-projet-de-mission, bref, factotum du terrain, justement parce que c'est pour une petite ONG que je bosse. Elle s'appelle Kynarou, et elle oeuvre principalement dans l'acces a l'eau. Elle a un site desuet mais avec surement 2-3 infos ( www.kynarou.org ). Donc j'ai pas de chef, je m'organise comme je veux, je me debrouille comme je peux. Heureusement, je peux compter sur d'autres membres, a Paris, pour des avis, des conseils... et du fundraising. Mais quand ils en auront marre, bientot, des dossiers de subvention, Sophie (la presidente) et Victor (ingenieur en eau-environnement) me rejoindront ici.

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2 jours de seminaire post-tsunami (on a realise deux forages pour village en reconstruction ):

Mardi et Mercredi, seminaire sur le partage d'experiences et de perspectives humanitaires (et developpement), France-Inde, notamment dans le contexte post-tsunami (bilan  apres 2ans).
Pour une fois, j'ai pu associer les mots seminaire, interressant, contructif, esprit critique, etc. Ca c'est pour le fond. Outre le fond, ca m'a permis de prendre pas mal de contacts, voire d'esquisser des pistes de partenariats. Par ailleurs, beaucoup d'apprentissages par l'informel.

Jeudi avec le partenaire local, que du bon, du bon travail, des beaux moments, c'est re-parti quoi... Le partenaire, vous pouvez aller voir leur site, il est tut jouli (www.volontariat-inde.org). Ca c'est pour la structure, assez impressionante, j'ai passe une bonne partie de la matinee a n'en visiter... que la moitie. Mon interlocuteur, lui, c'est un humain. Sendhil il s'appelle, il est vraiment sympathique, il fait a priori du vraiment bon boulot, il parle meme un peu francais, et il a une super chouette moustache (comme les 3/4 des indiens, mais la sienne a trop la classe).

Et aujourd'hui, un tour en 4*4 sur le terrain pour du suivi sur le village reconstruit, avec plein de paysages au passage.Tellement, tellement de choses a voir, ecouter, observer, apprendre de chaque moment. Sachant qu'en comptant les transports, aujourd'hui je me suis enquille 14 heures de boulot ;-)

Demain (dimanche...) j'enchaine sur un partenariat d'enquetes (modes de gestion des adductions d'eau, pratiques d'assainissement, etc.), eventuellement, avec Action Contre la Faim. On est a peu pres dans la meme phase de boulot avec la nana, a priori, mais a des echelles et des budgets differents: ils ont beaucoup a transferer depuis le Sri Lanka, le massacre les a fait tout arreter. Pour l'instant ca serait donc surtout du partage d'infos, mais j'ai aussi des choses a leur proposer s'ils ont besoin, on voit ca demain.

Lundi je vais sur un autre terrain pour enclencher direct un nouveau projet, agricole cette fois, et pas tsunami, mais tres interessant et a priori dans nos moyens.Voila, des tres courts extraits, pour un apercu assez global. J'attend des phases moins prenantes pour rediger un peu plus...

Je vous embrasse et je vais retrouver ma paillasse avec un grand plaisir.

15/11/2006

De Madras a Pondicherry

L'Inde, ou l'agitation est souvent bien plus paisible dans son essence...

Pondi est calme. Plus calme que Chennai-Madras. Meme si j'ai aime Chennai, je pense que je risque d'aimer Pondi au point d'y rester un bon et long moment. Le calme resonne en mon caractere.
Meme si j'ai encore pas tout vu. (Pour meme pas deux journees, c'est deja alle tres vite, j'ai fait le tour de l'ashram, marche dans presque toute la ville, visite un temple, fait le tour du milieu cooperant de Pondi, rencontre pas mal de tetes, un ami tamoul de mes parents qui est prof de francais a la fac, etc, etc.).
Meme si je suis bien content d'habiter dans la vie des quartiers tamouls, et non dans la ville blanche. La ville blanche, c'est un, ou plutot des quartiers aux rues pavees, tres silencieux, sans ordures. Ca sent les fleurs partout. Faut chercher les boutiques. Les belles villas, y'en a partout, de l'autre cote des murs.
Le silence surtout. Contraste sature d'avec mon quartier a Madras. Dans la ville blanche, l'interieur du temple hindou est plus anime que sa rue (ou je me suis fait benir par un elephant pour lui avoir mis un roupie dans la trompe). Il faut dire que les temples hindous ont peu en commun avec nos lieux de culte. Ils ont, entre autres, la vie en plus. A Madras, il y avait cette vente aux encheres de sahris dans l'enceinte du temple, ce gars qui telephonait, l'autre qui projettait des noix de coco avec toute se devotion pour les exploser au fond d'un bac a offrandes. Un boucan de musique surgit d'un autel, qui s'arrete. Et pop, les musiciens reprennent deux autels plus loin. A Pondi, beaucoup viennent manger le riz offert dans le temple, d'autres y achetent des friandises. Partout, des couleurs criardes font vivre les sculptures et les fresques: pas question de conserver les vielles ecailles de peinture, comme chez nous. Faut que ca vive, que ca pete, que ca kitsche...

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