31/12/2006
Chennai to Delhi to Amritsar
Chennai to Delhi: de l'experience a l'indecence
Mes derniers mots blogues datent de la gare de Chennai. On s'appretait a vivre une grande experience ferroviaire: Chennai-Delhi, 35 heures, plus de 2000 Km.
Apres certaines descriptions, on s'imaginait un wagon plein de bruit, de cohabitations et de juxtapositions innatendues. On se sentait deja un peu aventuriers. Seuls blancs dans le bus (et durant tout le trajet jusqu'Amritsar, ce qui change de Pondy). Du bus, nous avions rejoint la gare par "RER", un train urbain aux allures de wagons a bestiaux, sans portes. Dans l'encadrure de la non-porte, Loic oscillait entre des impressions de western et de deportation.
Effectivement, ca a ete une sacree experience, mais pas celle projettee. A peine grimpes dans notre 2eme classe couchettes, le controleur se pointe et nous upgrade... en 1st class Air Conditionne (AC). On s'est donc retrouves pendant tout le trajet a deux dans un luxueux compartiment prevu pour 4. A litteralement peter dans le velours d'un ameublement rouge et or. Petit dej au lit. La totale. Indecent au possible. On a decide de jouer le jeu et d'en rire. Que faire?
Delhi to Amritsar: back to basics
Arrivee a Delhi au petit matin... changement de climat. Nous qui commencions a nous plaindre du AC, legerement trop froid sous nos draps...
Finalement, on est quand meme retournes a quelque chose de plus modeste sur le Delhi-Amritsar. Les heures (seulement 8 sans le retard), se sont allongees en consequence. D'autant plus que les arrets sont relativement nombreux, et peuvent durer 1/4 heure voire plus. Cela dit, ca permet aux colporteurs de nous vendre du the ou des cacahouetes.
Ces trajets m'ont aussi replonge dans des lectures pour le plaisir, chose qui ne m'etait pas arrivee depuis longtemps (Un tres bon roman indien contemporain, Un homme meilleur, d'Anita NAIR; un bouquin sur la societe indienne et notamment ses castes, qui pose des questions passionante, La civilisation des differences, Alain DANIELOU).
Jouer avec un enfant.
Deux jours et demi de trajet. On a traverse beaucoup d'Indes.
PS: Il y aura des photos plus tard.
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26/12/2006
Adieu la ville!
Adieu la ville! Encore une fois je te quitte. Sure de tes charmes, tu prepares deja mon retour en me voyant m'eloigner. Hier je t'aimais encore; aujourd'hui je te caresse avec l'intimite distante d'une derniere fois; demain je ferais semblant de t'oublier.
Je prend la route, je m'eloigne a peine, et deja la distance cache tes verrues, tes rides et ton odeur. Je sais deja le plaisir que j'aurais a te rejoindre, a retrouver tes habitants.
Rickshaw, Bus, "RER": nous sommes deja a Chennai. Apres-demain, apres 35 heures de train, nous arriverons a Delhi. 5 heures de marge, 8 heures de train, et Jeudi soir nous devrions palper Amritsar d'une semelle lourde et engourdie.
Les bras de Marie et la beaute du Temple d'Or devraient me rammener rapidement de cette longue lethargie itinerante.
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25/12/2006
A bicyclette
Ma bicylette me mene au long de la route. Mes fesses tremoussent des bosses. Mes pieds pedalent. Le cadre pousse quelque rale a chaque secousse.
Le vent me vient en rafales. J'aimerai m'y fondre, m'y propulser: tel Hanuman, de Rama le bon ami, rejoignant le Sri Lanka d'un bond.
Traverser les mers sans m'y noyer. Les deserts sans m'y perdre.
Glisser le long des murs sans m'y cogner. Etre le vent qui ne fuit pas; le vent qui enveloppe et caresse la peau d'un monde a ciel ouvert.
Animer ce bout de voile qui, apres s'etre enroule entre le cou et la poitrine, vient froler la joue de l'amant. Lui fermer les paupieres un instant. Offrir un souffle de temps. Et le teinter d'un jasmin derobe aux cheveux de la belle.
07:20 Publié dans Petites notes de l'entre-temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23/12/2006
Sous l'oeil de Loic: Photos
L'ami Loic est arrive vendredi. En cliquant sur les liens, vous pourrez avoir d'autres photos, toutes sorties de son oeil.
Cette semaine, il a donc fait ses premiers pas indiens, entre les pecheurs dans la "caillante" de l'aube,
et les danseurs de la douceur du soir.
Il goute donc un peu de tout,
et les premieres emotions passees*, il acheve une premiere phase d'acclimatation.
*Comment ne pas chantonner ici Maxime Le Forestier:
Vous etes si jolies quand vous passez le soir a l'angle de ma rue,
parfumees et fleuries, avec un ruban noir, toutes de bleues vetues...
Je vous laisse retrouver la suite.
09:50 Publié dans Aux jours les jours | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Se reposer
Quand on est seul, il n'y a apparemment rien pour s'etendre. Pas de bras ou reposer son crane.
Reste a trouver la main de dieu. En prendre confiance et conscience. S'y lover.
Sans s'y paumer.
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Ma memoire
Madras, fin de premiere semaine en Inde (debut novembre).
Dans mon avant derniere insomnie, apres l'appel sur les toits, j'ai lu, comme je m'habitue a le faire. Surtout, le Neighbourhood de Manu Katche me bercait doucement.
Et parfois la beaute me soufflait des eclats de rire. Des rires aux yeux encore humides, juste heureux d'etre la, tout seul et tout proche, entoure "de parfums, de musiques jolies" - comme Brassens dans son lit de sable.
En parlant de lui, le tailleur en bas de ma guest house a beaucoup aime le Brassens en jazz ("very clear"). Il etait intrigue de ma cle MP3 (je lui demandait de me coudre une pochette), puis de la musique que j'ecoutais.
En parlant de mort (Supplique pour etre enterre a la plage de Sete, ma preferee de Georges), je voulais m'excuser si je radote ou si j'oublie, parfois. J'ai une memoire de papier. L'autre est tres selective, et certainement endommagee par ma consommation de haschish en pleine adolescence, en pleine croissance.
Souvent, c'est mieux ainsi. Je noircit des pages et des pages d'agenda ou autres, le tout sans encombrer mon esprit. Quand les feuillets sont depasses, je n'ai qu'a le jeter. L'esprit est, reste beaucoup plus clair que le noir de ces feuilles, libre des tracas et soucis de ces "a faire", ces "penser a", ces "appeler".
Je suis plus ennuye quand j'oublie un prenom, et surtout si la personne s'en vexe. C'est le prix de mes "annees sombres".Le gain, c'est qu'avec moins de memoire, j'ai plus a m'emouvoir. Je m'etonne de choses certainement deja vues.
Le chat de Philippe Geluck (BD) disait un jour: "la mort, c'est un peu comme la connerie: le mort, il sait pas qu'il est mort, c'est les autres qui sont tristes".
Je renait donc peut etre plus facilement. Et je radote, passe pour un fou, pour un con, un vieux ou un enfant. Et ca me plait. Paradoxalement ca renforce mon ego, parfois. Si j'en crois Hermann Hesse, vers la fin de Siddhartha, le Savoir est toujours recherche et admire, quand la sagesse, surtout lorsqu'elle est mise en mots, prend souvent l'apparence d'une douce folie.
N'est-ce pas ce que dit Brel sur notre monde:"on traite les sages de fous, et les poetes de nigauds". Ni sage, ni poete, j'aime paraitre parfois naif ou niais.
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Fin de cycle (3) Suite et fin
Fin de cycle (1) Jingle Bells et santons geants
Fin de cycle (2) Elephant, diplomates, etc.
Un velo dans la tete
"Fin de cycle": je revois ce poster, dans l'appart vincennois de mon cousin Fred, ou j'ai vecu plusieurs transitions, plusieurs "morts". Sur l'image, un bonhomme chevauchant sa bicyclette, en train de gravir une pente imaginaire.
Les roues: l'apprentissage est permanent. Rares ici sont les personnes qui parviennent a s'isoler suffisamment pour pouvoir "stagner". L'impression d'avoir compris quelque chose? Le soulagement de savoir que l'on va pouvoir se reposer? Que tout va bien? Que tout va mal? Ephemeres illusions! Un puissant courant vous porte toujours plus loin.
La pente: l'apprentissage se fait "malgre soi", "quoi qu'il se passe", "qu'on le veuille ou non". Finalement, autant le vouloir. Sans devier les courants, accepter de s'y plonger permet d'etre porte plus qu'emporte. Un peu d'effort, quelques brasses, et l'on peut se diriger un peu. En d'autres mots, donner des coups de pouce au destin. Ouvrir les yeux pour voir ce qui est offert. Tendre la main pour le recevoir. Remercier. Il y a peut etre deux semaines, nous parlions de la pratique de la musique avec la dame d'un petit tea-shop. Comme savent le faire certains indiens, elle a conclu la conversation par des mots qui parlent, a vous, et sans detours: "You are a great artist. Don't be lazy". Je l'interprete dans le sens ou chacun est un grand artiste... en puissance. Cela ne signifie pas que chacun le realise. Souvent, un effort, plus ou moins grand, est necessaire pour approcher son art de vivre et le perfectioner.
Une pente imaginaire: bien entendu, la pente-qui-monte-toujours-et-bien-droit-en-plus est un leurre (tres occidental me semble-t-il). Il n'est pas de progres ineluctable et lineaire. Que ce soit dans la vie d'un homme, ou dans celle de plusieurs. C'est une idee que j'essaie de garder en tete dans mon boulot, dans ce fameux domaine appele "developpement".
Mon boulot
Je suis venu comme stagiaire, pour apprendre, pour moi. Cela dit, je travaille pour une ONG. Et j'avoue qu'avec mon ego surdimensionne, ajoute a des responsabilites finalement inhabituelles pour un stagiaire (je suis seul sur le terrain), il est dur de ne pas avoir parfois envie d'aider, l'impression d'etre utile, le desir d'apporter quelque chose. Ce n'est peut etre pas totalement infonde, mais ca reste pretentieux.A cela, il faudrait rajouter l'idee de qualite du travail, liee a celle de la formation: il ne suffit pas de faire le bien, encore faut-il bien le faire...
Pour etre honnete et franc, je suis la pour ma gueule. Ce qui n'enleve rien aux bonnes intentions, mais ne les confond pas avec les realisations. "Etre stagiaire", le "developpement": des demarches qui n'ont rien de facile. Je le vois pour moi, et autour de moi. Des visages pales venus pour faire du developpement. J'en viens aux conclusions suivantes, dessinees a gros traits (ce qui permet peut etre d'englober un public plus large que les seuls "volontaires" et autres "cooperants"):
- l'humilite est fortement liee a la lucidite, et inversement. Plus on apprend, plus on comprend qu'on ne sait presque rien. Plus on est humble, et plus les portes s'ouvrent pour apprendre un peu plus, comprendre un peu mieux.
- au couple humilite-lucidite, j'opposerais un couple responsabilites-arrogance. L'arrogance est souvent inconsciente. Cela n'excuse pas toujours les enormites que l'on peut voir ou entendre.
Concretement, j'ai passe un mois a explorer autant que possible les reseaux "Eau et assainissement", apprendre sur le contexte, les procedures, les legislations et politiques, la realite de ce qui est pratique sur le terrain, etc. "Tater le terrain" pour les projets a venir. "Mesurer deux fois, ne couper qu'une" disait mon grand'pere. Ainsi, j'ai fait en sorte de limiter les betises a venir. "Prevenir plutot que de guerir".
Sur ce terreau, j'ai aide mes collegues parisiens a formuler des demandes de subventions, et j'ai surtout pose les fondations d'un nouveau projet pour l'assoce (autour de la ferme de notre ONG partenaire pondicherrienne).
Transition
Fin de cycle, donc. Avec aussi:
- des questionnements plus radicaux sur moi-meme, mon travail, mes plans de carriere, etc.
- deux jours de fievre virale, il y a 10 jours. C'est presque statistique m'a-t-on dit: en fin de premier mois, le creux de vague et la maladie vous guettent. Ca m'a permis entre-autres d'ecrire, et de rediger un peu ces "Fins de cycle".
Maintenant, un nouveau cycle s'annonce:
- j'ai quitte le glauque de ma chambre moisie pour un mignon studio. Je decore, j'y prend plaisir... Prendre du temps pour et avec Loic, pour et avec moi-meme. Rencontrer ma voisine. Pendre la cremaillere (une tres chouette soiree sur le toit, a default de cheminee). Se regaler parfois de danse ou de musique. Travailler ma voix. Voir des amis. Je me sedentarise...
- ... avant de partir tout bientot en vacances d'hiver. Rejoindre le Nord: deux jours de train avec Loic. Rejoindre mon amoureuse a Amritsar. Passer du bon temps au gre des vents.
Une fin de cycle se fait proche,
Chose sure en un monde incertain.
Des milliers de tresors plein les poches;
Presque rien pour dessiner demain.
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21/12/2006
Fin de cycle (2) Elephant, diplomates, etc.
La note precedente laissait croire que la consommation n'effleurait pas les fetes de fin d'annee, ici a Pondy.
Ici, a Pondy?! Mais tu rigoles, mon p'tit Jeremie: Pondy reste un haut lieu de grande consommation (c'est juste que comme t'as ete mal eduque, tu mets pas toujours les pieds aux bons endroits et la main au porte-monnaie).
Temples et elephants
Pour Noel, Sandrine va faire venir un pere Noel a dos d'elephant devant le Casablanca, un magasin emblematique du luxe pondicherrien (elle est chargee de l'evenementiel). A defaut de neige et de rennes. Au grand bonheur de Loic, qui est tombe amoureux de l'elephant devant le temple, celui qui vous beni de sa trombe quand on lui offre une poignee d'herbe ou une piece d'un roupie. Devant le temple de la consommation qu'est le Casablanca, on a de bonnes chances de pouvoir grimper sur le dos de la bete... A suivre.
Le tsunami de Noel
Un tsunami de touristes s'apprete a inonder la ville. Avec Loic, nous devrions normalement avoir evacue d'ici la, pour aller se les cailler dans le Nord. Mais pour ceux qui fuient le froid francais, decembre-janvier est la periode ideale pour se rechauffer a Pondy. D'ou le tsunami de touristes. Juste apres la mousson, la moisson de fric. Avec la saison seche cette source tarira rapidement, pour devenir quasi-inexistante lors des grosses chaleurs, des mars.
Pour ce qui est des cooperants, beaucoup des fetes pour rentrer en Europe, renouveller Visa, taux de proteines et stock d'affection familiale et amicale.
Pour Nouvel-An, les restaurants de la ville blanche rivalisent de menus et d'attractions.
Il semble que cette annee, de nombreux franco-pondicherriens et cooperants manqueront a l'appel... en raison de la concurrence deloyale du Consulat francais. Ainsi la nouvelle consule desire-t-elle organiser un reveillon en table ouverte (sur carton d'invitation vous rassure-je), avec tout de meme champagne et foie gras: tout se trouve a Pondy, ou presque, quand on a de l'argent.
Anglais, diplomates et gilet multipoche en coton beige
Pour en revenir a la consule, lors du seminaire ou j'ai fait mes premiers pas pondicherriens, elle et un jeune diplomate francais ont largement contribue a faire evoluer l'image que j'avais de la diplomatie francaise.
Si l'on y ajoute, entre autres, les portes-paroles de l'URD et de Coordination Sud, on peut dire que ce seminaire m'a au moins servi a decomplexer mon anglais: tous ces grands chapeaux avaient un accent aussi pire que le mien, et ils cherchaient leurs mots dans des mesures a peu pres similaires. Je n'ai pas manque d'en remercier certains d'entre eux. Le diplomate a reagi avec beaucoup d'intelligence et d'humilite. Le porte-parole de l'URD trouvait son anglais tres bon, si ce n'est son accent: c'est vrai, lors de grandes reunions a l'ONU, il avait parfois du interpeller des orateurs anglais pour leur demander de parler de maniere plus intelligible, leur faisant remarquer au passage que la Terre tournait autour d'un axe qui ne passait pas necessairement par Londres.
Ce Monsieur gardait une certaine simplicite et avait surtout beaucoup d'humour, ne m'en deplaise. Lors du cocktail au consulat, il portait toujours son accoutrement de French doctor avec notamment un splendide gilet multipoche et coton beige, tout droit sorti des annees 80 ou d'un safari africain.
[j'ai toujours ete etonne comme des personnes aussi differentes, voire opposees, pouvaient porter les meme vetements:
- le gilet coton beige multipoche qui ravit les humanitaires de la premiere heure, les militants Greenpeace comme les amateurs de safari.
- le kaki et camouflage qui font le bonheur des militaires, des pecheurs, des teuffeurs et des chasseurs (qui se retrouvent souvent, d'ailleurs, dans les memes coins paumes de la cambrousse, a consommer l'une ou l'autre drogue de maniere parfois dangereuse et sans se preoccuper de ceux qui pourraient les entourer).
- les gilets fluo (oranges ou jaunes), pour les chasseurs, les teuffeurs, la DDE ou les agents de circulation.]
A l'heure des discours, il a raconte une histoire (Je precise que le Monsieur est evaluateur, et que le seminaire portait sur l'evaluation de deux ans d'actions post-tsunami):
C'est l'histoire d'un vieux paysan du Tamil Nadu, qui eleve son petit troupeau de chevres, dans la quietude de son petit village. Un jour, deux ans apres le tsunami, il voit arriver un enorme 4x4, dans un grand nuage de poussiere. Un homme blanc ouvre la vitre electrique. Il est habille comme un humanitaire des annees 80, passe la tete par la fenetre et l'interpelle par l'intermediaire de son interprete: "si j'arrive a deviner le nombre de tetes de betail que tu possedes, tu me donnerais une chevre pour mon barbecue de ce soir, au Consulat francais de Pondicherry?". Le vieil homme accepte le pari. L'homme blanc sort alors son ordinateur portable, son GPS, et passe une bonne heure a cartographier la zone et localiser les tetes de betail. L'ordinateur refait une derniere fois les calculs, et le blanc annonce fierement: "tu as un troupeau de 32 betes". Le paysan acquiesce et laisse le blanc en choisir une. Puis il lui demande: "si je devine ton metier, tu me laisserait reprendre ma bete?". Le blanc accepte a son tour le pari. "Tu es evaluateur". "Comment as-tu devine?". "C'est simple. Tu viens me voir alors que je ne t'ai pas invite. Le nombre de mes chevres t'interresse, mais tu ne me salues pas. Tu mets une heure a trouver sur ton ordinateur ce que tu aurais decouvert en cinq minutes si tu etais descendu de ton 4x4. Enfin, permet-moi de reprendre mon chien dont tu as failli faire un barbecue, et laisse-moi maintenant t'apprendre a reconnaitre une chevre".
Une fin de cycle se fait proche,
Chose sure en un monde incertain.
Des milliers de tresors plein les poches;
Presque rien pour dessiner demain.
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18/12/2006
Fin de cycle (1) Jingle Bells et santons geants
Si l'on met les santons de cote, il y a quand meme des sortes d'etoiles-lampions-abat-jour qui fleurissent peu a peu, un peu partout, jusque dans le quartier musulman par exemple, ou on se baladait tout a l'heure avec Loic. Ca fait partie des premieres choses que j'aie achete pour decorer et meubler mon appart. Un mixer pour les jus de fruits frais, des mini-enceintes pour ecouter de la musique sans mettre des ecouteurs, et des etoiles rouges, brillantes, dorees, de toutes les tailles, pour habiller les ampoules et mettre ma petite touche deco-perso.
Tiens, voila des nouvelles: vendredi je suis alle chercher Loic a Chennai, et samedi soir, on a emmenage dans l'appartement. Quel plaisir! (de retrouver Loic, bien sur, et d'avoir un chez-moi pour l'accueillir, aussi). Une douche chaude (j'ai du en prendre une seule depuis mon arrivee en Inde). Plus de moisissures. De l'espace.Bientot du gaz pour cuisiner. Etc.
Les preparatifs ne mobilisent pas les foules, mais il parait que le Nouvel-An est pretexte a de grandes festivites, dans la rue plutot que sous le gui.
Les preparatifs ne mobilisent pas les foules, mais il y a toujours quelque magasin pour exhiber des sapins-plastique tout enguirlandes d'un festival de couleurs depareilles et flashi*. Tel autre shop va inonder son morceau de rue d'un remix de Jingle Bells ou autres, a la sauce boum-boum*.Lorsque j'ai rencontre mon artiste de proprio pour la premiere fois, il etait en train de repeindre les santons geants de la paroisse*.
[*= d'un gout douteux, deprimant, denigrant la culture indienne pour certains; ou d'un kitsh resplendissant, revigorant et rigolo pour d'autres]
Finalement, les gens d'ici semblent surtout envisager les fetes d'un point de vue festif, symbolique et/ou religieux. La consommation est a priori une dimension presque inexistante de cette fin d'annee. Koikeu... (A suivre)
Une fin de cycle se fait proche,
Chose sure en un monde incertain.
Des milliers de tresors plein les poches;
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07/12/2006
Premier cours de chant
Je sors a peine de mon premier cour de chant. Hier on a juste parle et pris le the. Elle s'appelle Lakshmi. Elle habite Kuruchikupam, un village qui prolonge Pondy juste au Nord, ou j'aimerais trouver un chez-moi. Sa petite maison, etroite, avec 2 etages, est tapissee des tableaux et sculptures de son mari, qui scotchait hier la tele, en compagnie d'un apprenti sculpteur londonien. Elle a un fils et une fille.
La musique, c'est tout en haut des escaliers. Une petite salle avec surtout des tableaux, un portrait de Sri Aurobindo et The Mother, un de Sri Ramana, et un tas d'instruments (des tablas, un veena, un violon, ...). Je l'entend chanter quand je monte les escaliers. Elle est accompagnee d'un petit boitier electronique qui fait des variations sur un son continu, et s'accompagne elle-meme d'un harmonium.
Elle a la voix un peu abimee en ce moment par un retour d'Europe. Ben c'est deja super tres beau... C'est des chants d'Inde du Nord, essentiellement de l'impro. On a passe une heure a chanter le Sa (Do), chakra par chakra, mmmh, uuu, ooo, aaa. Ohm aussi un peu. Vers la fin, on est un peu descendu vers les graves; remonter et finir sur une nouvelle serie de Sa.
J'ai du travail. Quand je suis concentre, j'arrive a faire Sa pas trop mal. Mais si mon esprit s'egare, Sa change ma voix, Sa plus trop Sa du tout... Sa tres meditatif en fait.
Et Sa va etre assez intensif. Trois fois par semaine. Sa m'enchante. Je sens que Sa va continuer de me plaire et m'apporter beaucoup.
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