31/01/2007

L’Or Gît

As-tu seulement vu les yeux des mendiantes? En tendant l'oreille, ils sont à portée de bras. Ceux-la rient et ceux-la chantent, ceux-la supplient; ceux-ci reflètent ton dégoût, ceux-ci te fêtent et ceux-ci jouent.

Sois digne, fais face! Regarde au moins, donne ce droit: sans pièces, soit, mais voir une autre paire que tes deux fesses. « Bonjour, mendiante ! », mon plus grand chagrin fond dans tes bras trop maigres. Leurs doigts.

Bouscule

bascule

du trou du cul le centre

le ventre

du monde.

 

Recule

et vois:

l’immonde fuit

et ce qui luit

chasse la bête.

 

La misère te tord parfois plus encore qu'eux. Ils s'en font une vie, et tu ne t'y fais pas: cela même dérange, te mange et te débat. Des enfances sans chance (pas sans ébats), des ados alcoolos, mères-misère, pépés râpés, mémés plumées, les décapés.

Mains tendues – écorce rêche ridée – raclant d’un geste perdu les bourses –  enserrées de restes clinquant d’orgie – de boss guindés de pimbêches claquant à les claquer d’acérés regards.

ESPOIR ? L’Or Gît

 

19/01/2007

Les petits tours du retour

Je suis de retour. A l'aeroport j'ai laisse Marie d'un demi-tour. Direction chez-moi, sans detour, finalement.

Dans mon chez-moi, je prend soin de ma voisine "Mme Paule" et de son chikungunya. C'est une infirmiere, donc elle aime pas etre malade, et elle veut vraiment en sortir vite. C'est une femme plutot hors du commun, donc elle y arrive pas trop mal du tout. Dans mon chez-moi, y'a mon copain "Lucky Loic". Il m'emmene dans ses bohemes matinales, constellees de kolams, d'enfants et de femmes, et ou les hommes sont souvent des cons feles. Il prend des photos.

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 En rentrant chez moi, je suis alle fete l'anniversaire de Pannir. Y'avais encore du monde, mais c'etait pas pour l'occasion: du nouveau-ne a l'arriere grand'pere, tout le monde habite la. La gentillesse incarnee, il suit etroitement l'hindousime et la tradition. Il est ouvert large et profond. Profondement enracine dans la culture tamoule, il enseigne passionement le francais. Dans sa salle de priere, l'eau de Lourdes est pas loin de Shiva cotoyant la Mecque, pas loin de la Vierge qui repond a Ganesh.

A deux pas d'mon chez-moi, y'a un copain qu'il est rock'n'roll, et qu'sa vie c'en est une drole. Coquine de vie. Entre flagrants delits d'humour et sagesses tues, on boit des cafes. Entre sa vulgarite de gentlemen et son rentre-dedans profondement tendre, y'a un youkoulele. Entre deux cafes, on chante Amsterdam ou les jupes de Souchon sur son youkoulele.

Je suis chez moi, je finis doucement d'atterrir, et mon coeur vient faire un tour par chez vous.

17/01/2007

Emporte par les trains: La Valse Misère

Dans les trains, ces dernieres semaines, j'ai souvent eu cette chanson qui me trottait dans la tete.

Paroles de Simon Mimoune, musique de Debout sur le zinc, c'est La valse misere.


Bien sûr on est emporté par la vie
Comme un fétu de paille dans l'infini,
Et puis l'on est tenté de tout laisser tomber
Et de ne plus lever les yeux de sur ses pieds...

Et puis si par hasard on a la chance,
De trouver de tenir l'Amour immense
Alors on a tendance à oublier l'ami
L'autre qui dort tout seul, dans le froid et l'oubli

Je voudrais faire voeu de ne jamais
Détourner le regard mais
Je sais bien que dans les gares...
On est toujours trop en retard
J'aimerais bien faire valser la misère
Jusqu'au bout de l'univers
Jusqu'aux confins du ciel
Mais je redescends trop tôt sur terre

Alors reprend le train-train quotidien
Celui qui vous enveloppe si bien
Celui qui peint vos rêves, celui qui fait la trêve
Avec la conscience d'Eve et du serpent

La banque, la maison, la femme, les enfants
Bientôt effaceront tous les relents
Relents d'élan de coeur confondant dans un même
Caramel écoeurant le diable et le bonheur...

Je voudrais faire voeu de ne jamais
Détourner le regard mais
Je sais bien que dans les gares...
On est toujours trop en retard
J'aimerais bien faire valser la misère
Jusqu'au bout de l'univers
Jusqu'aux confins du ciel
Mais je redescends trop tôt sur terre

Evidement on n'y changerait rien
En chantant ou en frappant des deux poings
Sur la table de sa salle à manger rococo
On risquerait de renverser les verres et l'eau

Pourtant si l'on y réfléchissait bien,
Le bonheur que l'on retient des deux mains
Pourrait-il vraiment fuir en tendant comme une fleur
Une main au bout d'un bras, vers sa main vers son bras

Je voudrais faire voeu de ne jamais
Détourner le regard mais
Je sais bien que dans les gares...
On est toujours trop en retard
J'aimerais bien faire valser la misère
Jusqu'au bout de l'univers
Jusqu'aux confins du ciel
Mais je redescends trop tôt sur terre

15/01/2007

Taj

Apres Rishikesh, une nuit et une matinee de train, et nous nous retrouvons a Agra. Dans le train, j'ai ouvert une porte entre les wagons, j'ai ouvert mon coeur et laisse le vent s'engouffrer, balayer, rafraichir... et apaiser. Les pieds dedans, le corps dehors, je chante et je pleure un peu. "Je n'ai pas peur de la route/Faudra voir, faut qu'on y goute". De Noir Desir, je repense a la petite histoire filante, ecrite a Paris apres la rencontre avec Marie.

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Le lendemain, nous visitons le Taj Mahal. Je me rend compte sur place qu'avec Marie, malgre nous, nous finissons ce periple par LE monument indien du tourisme et de l'amour. Celui des contes et des cartes postales. Des essaims de rabatteurs, vendeurs et rickshaws-wallahs. Des florileges d'incrustations minutieuses de pierres semi-precieuses. En arrivant dans le Taj, on s'est perdus, et on s'est retrouves (comme en voyage, en tourisme, et en amour).

Un monument a l'amour et a la morte. Morte en couches. Un monument qui touche. "Tres jouli", comme dit le patron du resto ou on prend le petit dej avec vue sur le Taj.

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Pour qu'il reste beau malgre la pollution, les archeologues lui appliquent des masques de beaute ayurvediques. "Peau neuve". Vrai de vrai.

 Aussi, on fait porter des chaussettes de protection aux touristes qui veulent garder leurs chaussures. Peut etre pour eviter qu'ils ne souillent de trop ce gros bijou, entre merveille du monde et fierte nationale... Deja, le boucan dans le mausolee doit empecher les morts de dormir depuis de nombreuses annees. L'amour - comme la mort et le voyage - n'est pas de tout repos.

 

09/01/2007

Richeshikesh

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Par des haut-parleurs pousses a pleine puissance, une longue psalmodie est propulsee. Resonnant pendant que d'autres lui repondent, la melodie se mele aux bruits.

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On est a Rishikesh, a la tombee du jour. Touristes et moinillons se balancent en psalmodiant du Hare Krishna, avec du Hare Rama et du Hare Ganga. Les corbeilles de fleurs repondent aux robes oranges. C'est beau. Je chante.

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Une blonde de type germain me regarde en souriant: c'est une autrichienne rencontree a Madras. Le jour de notre rencontre, elle venait de trouver son guru. Le lendemain, elle partait vivre dans sa famille a Delhi. Deux mois apres, on se retrouve a honorer le Gange au Swarg Ashram. Les voies se repondent.

Rishikesh est calme et touristique. Je suis calme et me sens touriste. De bon restos (quoique Marie soit tombee malade) en massage ayurvedique, de jolies ballades en jolis shoppings.

Histoire d'aller au bout, prochaine et derniere etape: le Taj Mahal. Moins calme. Plus touristique encore.

Ensuite, la chaleur du Sud me consolera de Marie.

Photos de Rishikesh.

Photos d'une ballade dans les collines himalayennes.

06/01/2007

Amarietsar

medium_Sikhs.jpgDans le train depuis Delhi, en s'approchant d'Amritsar on voyait a chaque arret plus de turbans et de barbus. Des guerriers, un poignard sur la hanche gauche, avec parfois une lance ou un sabre a la main. Des regards profondement clairs et sombres. Nous rejoignions la terre des Sikhs, le Penjab.

A l'arrivee, il y avait Marie. On continue de se decouvrir plus qu'on ne se retrouve. Une relation toujours aussi simple et belle.

A l'arrivee, il y avait Marie. Sa maman aussi, chouette et rigolotte. Ses soeurs. De 12 a 14 ans Marie etait dans une ecole pour Sikhs a Amritsar, fondee par un guru Sikh qui a repandu son style de yoga, puis sa religion aux States et en Europe. De par son pere, elle baigne dedans depuis avant sa naissance. Ses deux petites soeurs sont dans cette fameuse ecole a Amritsar.Sa famille est donc tres branchee yoga, et beaucoup ont adopte le sikhisme. Je ne sais pas encore beaucoup de cette religion; je vais essayer de faire un bref resume de mes apercus.

C'est une religion tres jeune, qui date du 15eme siecle environ (le premier des 11 gurus fondateurs principaux). Leur bouquin a eux, c'est le Siri Guru Grant Sahib. Dedans y'a un peu des vedas (hindous), un peu du Coran (muslim), un peu de ce qu'y ont rajoute d'autres gens. Une compile.

medium_goldentemple_by_night.jpg  Ils s'en occupent comme d'une personne. Y'en a un exemplaire, dans le temple d'or, qui est vraiment aux petits oignons. On le reveille le matin pour l'ammener dans le temple. Quelqun lui passe dessus un epousseteur de mauvais esprit, toute la journee. Il a une petite couverture. Des gens chantent et jouent de l'harmonium, accompagnes de tablas (percus), toute la journee. C'est une energie, un calme assez fous dans ce temple. Le soir, on va le coucher dans sa chambre, hors du temple. Ca fait tout une procession, c'est un honneur que d'aider a le porter sur son trone.

Leur mythologie, leur histoire est sanglante: ils ont tue plein de gens pour faire la paix dans le monde, comme dit Marie avec humour. Plus recemment, il y a eu friction lors du regne d'Indhira Gandhi. Le temple d'or a ete bombarde. Des Sikhs integristes ont assassine la dame de fer.

A par ca les Sikhs rencontres sont plutot chouettes. Leur dieu n'a pas de nom ni d'image: c'est le meme que tout le monde. De l'humour chez beaucoup, et ca j'aime. Les sikhs occidentaux sont un peu speciaux: tous a fond de yoga, et les femmes portent aussi le turban.

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Voilou. C'etait une maniere de parler d'Amritsar. Maintenant, ca fait un bout de temps qu'on est a Rishikesh, au bord du Gange, aux pieds de l'Himalaya.

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