25/02/2007

Un soir a Vaithikuppam

Ca y est, donc, on emmenage plus serieusement a Vaithikuppam avec Victor. Hier les bonbonnes d'eau potable, un peu de vaisselle et le gaz... donc tout d'abord le cafe,

Demi lune courbant les palmiers, premier cafe demi brulant sur les palais, et tisons, luisant le ciel demi couche: douces volutes envolees a la vue, demi emois sans paroles, sans echange et le rouge sombre qui nous quitte a petits pieds. Avant l'ombre le berger guide les routes qui vont bientot se quitter; dans les godets le tiede a saisit les cafes; loin dans la nuit nous croiserons l'heure choisie, le moment mur ou les voies viendront se parler.

et bientot la cuisine: j'apprend avec un baba bengali qui a longtemps travaille en cuisine, avant d'atterir au dining hall de l'ashram a Pondy (qu'il a quitte, la pratique du shilom n'etant pas acceptee dans le milieu ashramite...).

Je sais deja faire du khichuri, une grosse platree delicieuse de riz, dhal (lentilles), legumes, le tout cuisant avec quelques piments verts, avant d'etre arroses d'un masala (cannelle, cardamome, girofle essentiellement) cuit dans dans le ghee (beurre clarifie). On peut encore y ajouter un peu de sucre, de yaourt, etc. Du coup, lorsque quelqun commence a melanger torchons et serviettes dans un bafouillage hermetique, les bengalis le prient d'arreter de "faire du khichuri". Cela dit, le khichuri culinaire est excellent.

On a aussi fait des milk sweets. Bouillir le lait, d'abord. Mais comme le baba etait parti au salon s'allumer un shilom, et que je vacquais a d'autres occupations, la moitie du lait s'est overflowee all over the kitchen ground (excusez le franglais, ca me prend parfois par facilite). Du coup le baba un peu gene m'a explique que c'etait un signe de Lakshmi (soeur de Saraswati, Ganesh et Kartikeya, fille de Shiva et Parvati). D'ailleurs, c'est pratique courante lors des pujas (offrandes) d'entree dans une nouvelle maison (en l'honneur de Ganesh et Lakshmi) que de faire deborder du lait sur le seuil. D'ailleurs, c'est peut etre parce que notre puja a Vaihtukuppam n'etait pas suffisante qu'on a eu tous ces problemes avec le landlord: notre ceremonie s'est limitee au comique d'un Victor passant dans toutes les pieces avec un (certes gros) incense stick, suivi d'un Jeremie psalmodiant en l'honneur de Shiva, comme il ne connaissait pas de chants a Ganesh ou Lakshmi... Mais revenons a nos milk sweets: apres avoir chauffe le lait (qui reste...), on y plonge un bon jus de citron. Tout caille, et l'on recupere ce tout caille avec une passoire ou un torchon, avant de le faire recuire dans un caramel encore bien liquide, agremente de cardamome et d'orange skin. Le resultat est une delicieuse pate over saccharosee, et en definitive un typique indian sweet.

Bref, la colloc va bien, Aum sweet home.

24/02/2007

Nouvelle Adresse Postale

Finalement, la proprio est venue d'elle meme nous proposer de rester, si on etait sage... Comme c'est pas des conditions ashramites, on a dit "bon, d'accord", fait amende honorable, et souffle un coup de pas avoir a vadrouiller encore Pondy dans tous les sens pour changer d'appart.

 

23/02/2007

Insomnensce

Mon reve trottine

mille remanensces

m'enlacant coquines

dans leur valse rance.

 

Bercé par un spleen

labourant la panse

lassé de ces lances

j'attend les matines 

Nouveau telephone

Nouveau telephone: 99 44 54 09 24

 

Et peut etre bientot une nouvelle adresse. Pour la petite histoire, j'ai deja demenage, l'appart est super, vue sur la mer, quartier-village de pecheur (d'ailleurs, le batiment est entierement refait a neuf, certainement grace a de l'argent tsunami).

Le deuxieme soir j'ai invite quelques personnes pour chanter quelques chansons, qui ont invite d'autres personnes, qu'on s'est mis sur le balcon au lieu de la terrasse ou l'interieur... que ca a pas plu du tout au proprio ni a quelques voisins. Sommes de quitter les lieux sous dix jours, nous sommes en train de nous faire reapprivoiser, en bon petits fennecs. A suivre...

21/02/2007

Goutte en cascade

De sueur la goutte

Cavale et creuse la sente

Serpente le doute

Perles

S’enfilant sur nos collier

Les perles parlées

Luisent l’amitié

Souvenir nu

Souvenirs revenus qu’imaginent

Nos mues,

Songes reconnus redessinent

Nos nus.

Laisser le vent trop faire

Et luire

Sous l’abat-jour des temps

Lunaires.

 

Se taire et s’humer

Fort et s’aimer

Fleurs.

Pierres de jet pour cœur léger

Repus d’amours fastes,

Un corps se tord et se tasse

En  sa carapace.

A portée de pierres de jets,

Le cœur pesant projette en ses voiles

La force et le léger

De lueurs d’étoile.

 

 

Sous ma petite carapace

J’étais tapi:

Juste ce qu’il faut comme espace,

Pas un ami.

Dans le noir pas de crasse,

Jamais trahi.

Dans l’écho se perdait la trace

De mes cris.

 

Et c’est ainsi caparaçonné que tu m’as rencontré : pas loquace, pas si bien, pas très fille et toi, t’avais pas sonné. Pas ta place dans ma coquille. Enlace pour recroqueville.

 

Un silence maritime,

Vagues couvrant les remous,

La tête entre les genoux.

En vagues salées,

Troublées, lascive est lovée

La nymphe amusée.

 

Vas-y, souris…

 

Tu me fuis ? Tu as fendu ma carapace aujourd’hui béante et craquelée. Et toi souriante à croquer… J’aurais pu te serrer ; t’étrangler de serres acérées en pleurs amers. J’ai failli, par cette faille tu t’envoles.

 

Contractions d’entre côtes, de ventre encor tendu de tendresses du malgré moi, tourments d’une foi sans lumière. Comment d’un fond de grotte jeter la pierre à l’émoi ?

Lumière empêtrée

En les replis d’un nombril

Par trop adulé.

 

Je cherche

La perche

Tendue

Vers moi.

 

C’est plus que jamais lourd de corps que je contemple le jour ton vol avec envie. Ta vie. Tu vis. Moi c’est pas sûr. Moi c’est dur et j’en pleure. La nuit. Et crie.

 

Vas-y, écris…

 

Au détour d’une entreligne,

Fruit de le fêlure au ventre,

Un au-secours.

 

Voulu te dire,

Me voir m’enfuir

Pour sûr.

Tu sais, c’est dur :

Tu me sais tendre et peu loquace.

Tu as su fendre carapace.

 

Toi qui parles

En moi

Décroche le glas

Approche

Et sonne l’unique

Voix.

 

Vas-y, jaillis !

11/02/2007

« Développement »

En côtoyant la diversité du monde du travail de « développement », les questions se multiplient. Ce d’autant plus que j’ai longtemps projeté une carrière là-dedans, et qu’en arrivant ici j’avais encore ce projet à court, voire à moyen terme.

Tout d’abord, mon statut de stagiaire et mon manque d’expérience m’ont permis de m’avouer encore plus clairement une réalité toute simple : je suis la avant tout pour moi, pour me former, dans mon propre intérêt. Il me semble que cette manière de se représenter permet accessoirement d’avoir des échanges intéressants avec les "locaux", tout en etant efficace dans son travail avec les dits "bénéficiaires". Et finalement, à défaut de se revendiquer philanthrope, la pratique elle-même devient plus tournee vers l' "autre" qui nous ressemble aussi beaucoup.

Cela rejoint une autre opinion, de plus large portee, que l’on pourrait résumer en disant que l’écoute est globalement délaissée au profit de la parole.

Toujours dans ce domaine du développement, quelle est la place du « chargé de mission » (missionnaire ?) occidental ? Sur quels postes et selon quels critères recruter des personnes locales ou étrangères ?

Quelles sont les modalités et les limites des adaptations réciproques ? Quelle nuance entre comprendre et adopter un aspect d'une culture? L'un ou l'autre sont-ils seulement possibles? De quel degré de confort et de bien-être personnel a-t-on besoin pour avoir le corps et l’esprit disposés à un travail de qualité, ou tout au moins pour éviter d’être contre-productif ? Quand est-il juste de faire avec la culture locale ? de combattre des traditions ?

Etc., etc., etc.

Les questions sont souvent simples, les reponses beaucoup moins, bien plus subtiles, plus nuancees. 

Contraste et caste

Le contraste est omniprésent; il me semble ici structurel, partie intégrante et intégrée de ce pays. Aux contrastes indiens s'ajoutent les contrastes d'avec ma propre culture.

Un aspect de ces contrastes réside dans la structuration sociale, et notamment le système dit de "castes". La lecture d'un cahier d'Alain Daniélou, La civilisation des différences, et mon observation tendent à transformer mes a priori négatifs et droits-de-l'hommistes en interrogations. Comment juger en si peu de temps et de connaissances ce système? A dessein, je sélectionne ici seulement les interrogations qui me bousculent.
Ce système institue de manière stable les relations entre des groupes sociaux, et ce sur des bases très éloignées des nôtres. Il articule les différences plus qu'il ne les combat. Il est notamment fondé sur des complémentarités exclusives (fonctions sociales, métiers, avantages et inconvénients réservés à certaines communautés et interdites à d’autres), très éloignées de la dialectique liberté-égalité. Il est plus communautariste que républicain. Il a intégré au cours d'une longue histoire de multiples groupes étrangers. Il est plus fondé sur une tradition, quand nos régimes sont plus fondés sur des révolutions. D'ailleurs, nos révolutions ont souvent été menées contre des systèmes similaires (Noblesse-Clergé-Tiers Etat, par exemple), et finissent par reproduire des différenciations analogues (socio-professionalo-economico-ethniques, etc.), mais de manière non explicite.
Dans ce système, la reconnaissance semble, ou plutôt semblait être plus structurante que dans le notre (notamment par l’instauration de complémentarités exclusives).

Une question reste toujours sensible: celles des intouchables, qui se disent aujourd'hui dalits, "opprimés". Et Daniélou, qui en voulant comprendre le système des castes bascule souvent vers une justification globale, a le grand défaut de tenir cette question pour quantité négligeable, notamment en raison du nombre relativement faible des "vrais" intouchables, les hors castes, dont la condition est différente de celle des basses castes.
J’ai mis le mot « vrai » entre guillemets, notamment car on assiste depuis une décennie à l’émergence de dynamiques ultra identitaires dans les mouvements de dalits, des identités exclusives reproduisant les logiques combattues.

« La tradition est un fleuve puissant qui s’amplifie à mesure qu’il s’éloigne de sa source » disait un certain Hegel. L’interprétation est libre la aussi.

Je n’ai pour l’instant presque aucune réponse sur ces sujets. La difficulté à se forger des connaissances ou des opinions construites est d’autant plus forte que l’Inde et son histoire sont vastes, et réticentes à faire même semblant de rentrer dans mes cases.

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