06/03/2007

Réveil fécond

Le chant est encor bleu marine. Et lasse l’attente est aux matines. C’est l’heure où le Chanteur chauffe en silence les gammes, le saule balance à la brise en signe de salutation. L’humidité sombre des puits s’apprête à la  fécondation, et dans les draps s’éveillent les femmes.

 

Puis le Griot pose le pourpre de la toile en toucher des nues, et les gouttes sur les boutons timbrant le sentier des iris. A l’aplomb, la lune lit les silences, les vagues les altérations, l’oiseau les trilles boréales. La couleur est encore fragile avant que la blancheur n’éclate. Bouche née d’un lotus à l’aurore, baise encore, délicate, et soulève, ses pétales sur nos rêves.

Saule que ta branche suive éclectique nos courbes pour l’instant, tes griffes en rideaux nous enserrent en le temps. Et nous feignions le rêve, et l’apprivoisement.

 

Lentement, le fourreau sombre desserre son manteau feutré sur le fer de lame, et les âmes jaillies saignent d’un enfer doux. L’air se mêle à la peine qui rouille. Et la giclée de sang ranime sous nos yeux des ombres jonchées, étirant leurs volutes vers les spectacles écarlates.

Et là qu’une bise insémine un rire et l’électrique, et qu’elle trique nos corps gourds à petits coups. Nous rirons d’abord un long rire de sourd, sonnant la trêve en le dédale, lanterne humaine en saillie sur la nuit.

 

Chanteur, maintenant qu’attends-tu ? La voix est là, qui tremble d’un souffle puissant sur les derniers lampadaires, sur leur ombre et les pauvres butins éphémères des baisers qu’on y dérobe. Enlève aux lampes leurs danseuses, et charge les sur tes chariots. Griot mène les d’un galop, pour rejoindre l’étalon dans son lupanar d’Orient. Etirant des corps de reines, et délestées des vaines robes, ensemble elles illuminent l’athlète qui se gaine sur le départ de la course.

 

- Hommes remettons face aux vents ! Foin de l’avant ! Et laissons l’hier qui se pavane, et son lourd tombeau qui n’évente que sa couleur écœurante, incapable de blancheur vierge, et même impuissante au noir pur.

 

- Femmes prenez ces hanches qui nous ont portés ! Face au vent, la peau salée d’amours humaines, implorons bourrasque en la plaine, et du rire, et chantons ! Que l’une décroche la ronde, et menant la chaîne brisée, chante là, nue d’éternité.

 

Et tous nous danserons là-haut, dans les alpages, la transe en volupté transpirant la peau de la terre. L’air giflera sa liberté sur le visage, et nous en jouerons les arpèges. Le jour est là, en bal donné. Allons !


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Merci a Loic pour la photo